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Les attentats de Paris marquent le symposium sur le terrorisme organisé par ASIS Montréal


17 décembre 2015
Par Eric Cloutier
Stéphane Leman-Langlois, enseignant en criminologie à l’Université de Montréal (UdeM) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction du risque, Lili-Ann Mitchell, consultante senior pour Bombardier Produits Récréatifs (BRP) et SNC-Lavallin et détentrice d’une maîtrise en criminologie à titre d’analyste certifiée CPP (professionnelle en programme de protection des actifs), Michel Juneau-Katsuya, ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et expert en sécurité ayant ensuite œuvré au Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Khanh Du Dinh, commandant, chef de la section développement en relation avec la communauté et prévention au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et le sergent Hakim Bellal.

ASIS Montréal a présenté son Symposium «Terrorisme : réalités contemporaines et enjeux internationaux» le 17 novembre au centre-ville de Montréal. Ce premier événement du genre s’est toutefois avéré marqué par les attentats meurtriers du vendredi 13 novembre.

 

La section montréalaise de l’association ASIS International et son principal partenaire dans l’organisation de ce symposium, l’entreprise de sécurité G4S Canada, ont néanmoins réussi leurs pari en attirant 200 personnes, dont plusieurs professionnels en sécurité.

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Cinq panélistes et spécialistes de l’industrie de la sécurité ont pris part à un débat au terme de l’événement ; lequel débat avait été précédé par les présentations respectives de chacun de ces panélistes.

Ce panel, animé par la journaliste Karine Bastien (SRC et RDI), était formé de Stéphane Leman-Langlois, enseignant en criminologie à l’Université de Montréal (UdeM) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction du risque, Lili-Ann Mitchell, consultante senior pour Bombardier Produits Récréatifs (BRP) et SNC-Lavallin et détentrice d’une maîtrise en criminologie à titre d’analyste certifiée CPP (professionnelle en programme de protection des actifs), Michel Juneau-Katsuya, ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et expert en sécurité ayant ensuite œuvré au Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Khanh Du Dinh, commandant, chef de la section développement en relation avec la communauté et prévention au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et le sergent Hakim Bellal, coordonnateur du Programme de prévention du terrorisme pour la GRC au Québec.

Anie Samson, mairesse de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, responsable de la sécurité publique et des services aux citoyens, a prononcé l’allocution d’ouverture du Symposium, en remplacement du maire de Montréal, Denis Coderre, qui ne pouvait finalement être présent à l’événement. M. Samson a notamment fait état de l’inauguration récente, par la Ville de Montréal, du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence mis en place en mars 2015 et qui, en date du 12 novembre, faisait déjà était de 368 appels téléphoniques reçus.

«Une dizaine de personnes, des spécialistes, travaillent dans ce centre. Le SPVM n’est qu’un des partenaires du centre de prévention, parce qu’on veut que les gens qui téléphonent au centre pour demander de l’aide et des informations fassent confiance aux employés du centre. Ceux-ci sont là pour prendre les informations que leur fournissent, par exemple, des parents qui désirent vérifier si leur enfant est pris dans un processus de radicalisation ou s’il traverse un autre type de problématique pour lequel ses parents pourront, au besoin, être référés aux ressources appropriées pour résoudre une problématique précise

Dans un contexte de prévention du terrorisme et de radicalisation en hausse, Mme Samson a notamment insisté sur «l’importance de la concertation» en matière de partage d’informations entre les différents corps policiers et autres intervenants en sécurité au Québec pour prévenir et combattre la radicalisation et le terrorisme. Mme Samson, qui mentionne que plus de 200 communautés culturelles vivent et évoluent sur le territoire de la Ville de Montréal, a souligné l’importance que revêt le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence pour la Ville de Montréal qui, selon elle, peut aider cette dernière à «agir en amont et en prévention des événements» menant à la radicalisation de jeunes montréalais», plutôt «qu’avec les jeunes qui reviennent au pays».

Une initiative mise en place vingt années trop tard

Au cours du débat, Stéphane Leman-Langlois a déploré le fait que la mise en place du Centre de prévention de la radicalisation de la violence, qu’il qualifie de «geste louable», soit une mesure instaurée dix ou vingt années trop tard.

«On ne fait pas grand chose malheureusement. On aurait dû commencer à faire de la prévention réelle voilà 20 ans et son seulement de la prévention de clôture comme on en fait actuellement, c’est-à-dire de la prévention de dernière minute alors qu’un jeune est déjà prêt à commettre des actes criants pour lesquels ont va l’embarquer ou le tuer. Je ne blâme personne, car il faut toujours commencer en quelque part. L’initiative du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence est une belle initiative, mais, comme je travaille dans un rôle d’observatoire de la radicalisation, le Centre ne fait pas grand chose en ce moment. On ne fait que de la surveillance de dernière minute. Ce qu’il faut faire, c’est de l’éducation et de la prévention du terrorisme en vue d’actes de terroristes qui pourraient être commis dans dix ou vingt ans d’ici», a lancé d’emblée M. Larue-Langlois.

Khanh Du Dinh a rétorqué que depuis le mois de septembre ou octobre, le Centre de prévention a pratiquement complété son embauche de professionnels (psychologues, travailleurs sociaux et autres intervenants).

«La lutte à la prévention de la radicalisation n’est jamais parfaite. C’est un processus dans lequel nous apprenons tous constamment. Nous avons beaucoup appris depuis un an, grâce entre autres au travail effectué par des chercheurs. Nous avons beaucoup évolué depuis un an et c’est sûr qu’on peut toujours faire mieux», a affirmé M. Du Dinh.

Lili-Ann Mitchell, pour sa part, dit avoir remarqué «l’absence de toute mention du secteur privé» dans le modèle d’approche proposé par la GRC dans son programme de prévention du terrorisme pour le Québec.

«Aujourd’hui, le symposium constitue une première étape concrète en vue d’une collaboration entre les gens des secteurs public et privé. Cependant, admettons qu’on créerait une table de concertation, qui prendrait le leadership de ce travail d’équipe? Quels seraient les objectifs? Comment mesurerait-on les impacts? Le problème, c’est que même si on dit qu’on veut en faire plus, beaucoup d’éléments restent non tangibles. J’aimerais beaucoup voir des modèles de collaboration public-privé mis en place, ainsi qu’un mandat officiel pour permettre aux gens de travailler ensemble», a déploré Mme Mitchell.

«C’est certain qu’il reste beaucoup de chose à faire, mais je louange le travail fait par mes collègues policiers, rétorque, pour sa part, Michel Juneau Katsuya. Le problème auquel je suis confronté lorsque je regarde le travail effectué – et sur ce point je fais écho à ce que M. Leman-Langlois disait – c’est que ce travail de sensibilisation a d’abord et beaucoup été mis en place par le milieu policier davantage que le milieu politique. Le milieu politique essaie aujourd’hui tant bien que mal de faire du rattrapage, et cela après des années de travail de sensibilisation fait par les autorités policières.»

«Lorsqu’on parle de terrorisme d’une manière opérationnelle, c’est qu’on travaille sur deux fronts. On a besoin de sécuriser notre société. Les sources et les motivations des activités terroristes sont en partie télécommandées à partir de l’extérieur, c’est-à-dire là où il y a une présence extrémiste. L’Occident ne s’est généralement jamais beaucoup intéressée à ce qui se passait là-bas et jusqu’à quel point nous nous sommes engagé en Iran, en Irak, en Afghanistan, etc. Les efforts ont été énormes en matière de ressources humaines et financières. On a dépensé des sommes extraordinaires et on a perdu énormément en terme de vies humaines, pour obtenir des résultats qui se sont révélés somme toute assez médiocres. Les États-Unis, depuis 2001, ont dépensé près de 4 à 6 trillions de dollars en matière de sécurité. Malheureusement, cet argent-là servait d’autres intérêts, soit des intérêts militaires, industriels, privés, etc. On n’a pas bien attaqué le problème. Donc, c’est difficile de dire si on pourrait faire plus» en terme de sécurité, a renchéri M. Juneau-Katsuya.

«On a déjà mentionné que la détection précoce des acteurs ou des loups solitaires est très difficile pour les autorités policières et les agences de sécurité. C’est pour ça qu’on dit que tous les gestes posés nécessitent des prises de décisions et des actions en concertation. Des actions concertées ne concernent pas que les policiers et les services de renseignements. Les citoyens ont également l’obligation de donner d’eux-mêmes et de contribuer à la sécurité nationale. En terme de sécurité nationale, un crime est un crime comme les autres. La différence se trouve au niveau des motivations et des objectifs. On parle beaucoup de l’extrémisme violent. Cependant, étant donné qu’au Canada il existe une Charte des droits et libertés de la personne et que la plupart des enquêtes de sécurité nationale chevauchent ces droits-là, il faut donc se montrer très prudents dans nos enquêtes. Ce cadre juridique nous oblige à prouver hors de tout doute qu’une personne s’adonne à des activités terroristes. Ce cadre existe pour garantir la liberté des citoyens et, ainsi, nos enquêtes sont encadrées. Notre difficulté principale demeure donc celle de prévoir des attentats. À Paris et c’est sorti dans les médias, mêmes les services de renseignements français étaient informés par les services de renseignements canadiens. Cependant, qu’est ce qu’on peut faire dans un pays comme la France pour affecter des ressources en sécurité? Est-ce qu’on se concentre sur une ou sur deux régions? Combien de ressources mobiliser pour chaque endroit ? Voilà le genre de questions pour lesquelles les réponses ne sont pas toujours évidentes», a pour, sa part, rétorqué M Bellal.