Sécurité Québec

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Table ronde sur l’intégration d’équipements de sécurité au Québec (1ère partie)


2 janvier 2017
Par Eric Cloutier
Pour l’ensemble des participants à la table ronde, l’intégration d’équipements de sécurité avec d’autres technologies ne constitue pas toujours et à tout coup sûr la meilleure solution à proposer à n’importe quel client utilisateur. Chaque dossier de client doit faire l’objet d’une préparation minutieuse et être évalué au cas par cas selon eux. Photo: Amalia Quintanilla, Salto Systems Canada

Le double défi des intégrateurs face aux utilisateurs et à eux-mêmes

Quatre panélistes ont participé, le 25 octobre dernier, à la seconde table ronde du magazine Sécurité Québec, rendue possible grâce à l’aimable collaboration de la compagnie Salto Systems et tenue dans la salle de conférence du siège social de Salto Systems Canada à Vaudreuil-Dorion. Sylvain Poirier, vice-président ventes Canada pour Salto Systems, une multinationale espagnole spécialisée dans la conception, la fabrication et le développement de solutions de contrôle d’accès et de serrures intelligentes, Francis Dugré, responsable des ventes Est du Canada chez Kantech, la division de conception, de fabrication et de commercialisation de solutions de contrôle d’accès de Tyco Security Products, Bruno Desrochers, directeur des ventes pour Altel Integration Systems (Altel Sécurité électronique), et Sylvain Beaudin, représentant technique sénior chez Mircom Systèmes intégrés, ont discuté des enjeux et difficultés que connaissent les intégrateurs d’équipements de sécurité, ainsi que du double défi auquel ils sont confrontés, tantôt avec les manufacturiers et utilisateurs de solutions, tantôt avec eux-mêmes.

N.D.L.R. Une cinquième personne, Frédéric Provost, vice-président gestion de risque à la Société Terminaux Montréal Gateway, n’a pu participé à la table ronde à titre de porte-parole d’une compagnie utilisatrice de solutions de sécurité intégrée, en raison d’un contretemps de dernière minute. Cependant, certains éléments en lien avec des arguments qu’il aurait normalement apportés, au nom de cette société maritime utilisatrice de solutions de sécurité intégrées à ses systèmes par Altel Sécurité électronique, ont été évoqués par Bruno Desrochers, comme en feront état certaines de ses réponses rapportées intégralement ci-dessous.

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Sécurité Québec : Quels ont été les principaux changements auxquels ont assisté les intégrateurs en sécurité depuis les cinq ou dix dernières années et comment ces changements ont-ils affecté leur travail et celui des autres professionnels de l’industrie avec qui ils font affaire?

Sylvain Beaudin : Je pense que c’est la mise en place du Bureau de la sécurité privée (BSP) qui a changé la donne pour les intégrateurs. Un bon ménage a été fait, même si, en même temps, ça a entraîné une lourdeur administrative assez incroyable. La création du BSP a permis d’éliminer de l’industrie les petits joueurs qui peinaient déjà à suivre. Le BSP, c’est un peu l’équivalent de la Commission de construction du Québec (CCQ). C’est un organisme qui régit l’industrie de la sécurité et qui autorise ou non des compagnies et des individus à travailler dans notre milieu, que ce soit des installateurs de systèmes d’alarme, de solutions de contrôle d’accès, de caméras de vidéosurveillance, etc. À mon avis, c’est le plus gros changement qu’a connu l’industrie en général. Le reste, c’est l’évolution technologique qui se poursuit.

Bruno Desrochers : En tant qu’intégrateur, je dirais que la pluralité des intégrations effectuées constitue le gros changement. Si on compare à ce qui se faisait voilà cinq ou dix ans, on considérait à l’époque qu’une bonne intégration était celle qu’on réussissait lorsqu’on était en mesure de visionner les images de trois caméras sur le même panneau. Aujourd’hui, les entreprises qui utilisent des solutions intégrées veulent que l’intégration des solutions qu’on propose soit faite avec les systèmes de ventilation de leurs locaux ou encore avec leurs systèmes ERP (*N.D.R.L. acronyme pour désigner l’appellation anglophone «Enterprise Resource Planning» qui se traduit en français par l’expression «progiciel de gestion intégré». L’expression francophone sera utilisée dans le reste du présent reportage.). L’autre chose qui a également changé au fil des années, c’est l’accessibilité des produits à un faible coût. Je travaille chez Altel depuis 21 ans. Les produits ne coûtent tellement plus cher que pour assurer leur rentabilité, les compagnies comme la nôtre doivent changer leur façon d’approcher le marché de la sécurité. Autrement, elles devront vendre dix fois plus de produits pour aboutir au même chiffre d’affaire.

Sylvain Poirier : Je pense que les utilisateurs ne regardent pas non plus la qualité du produit ni ce qui est relié à celui-ci. À la base, ils se demandent simplement combien leur coûtera le produit et ça s’arrête là. Ils se disent qu’ils vont ensuite vivre avec le produit, peu importe qu’il dure six mois, un an, deux ans ou cinq ans.

Francis Dugré : Par contre, tous les clients ne font pas ça. Il y a des clients avec qui on parle plus longtemps et qui tiennent compte de la valeur du produit.

SP : Oui, mais c’est vrai que les PME, en particulier, vont souvent regarder le prix avant tout. Lorsqu’on parle de grandes entreprises ou du secteur institutionnel, là on entre dans un autre marché et dans une autre façon de penser. Cependant, avec les PME, les discussions et les stratégies de vente se compliquent.

BD : Dans le secteur industriel, on constate cependant que l’intégration s’avère de plus en plus voulue par le client et nécessaire à ses yeux. Tant mieux ! Avant, lorsqu’on parlait d’intégration à un client, ça consistait pour lui à acheter un module d’extension («plug-in»), à le faire installer par l’intégrateur sur son serveur et ça s’arrêtait-là. Ce n’est plus ça à présent.

Sécurité Québec : C’est justement ce qui nous amène non seulement à parler de contrôle d’accès, mais également de vidéosurveillance, de sécurité des données ou de tout autre aspect de l’industrie. Comment ces nouvelles technologies ont-elles plus spécifiquement transformé le secteur de la sécurité dans lequel évoluent vos entreprises respectives?

FD : Il y a dix ou quinze ans, les serveurs existaient déjà et on communiquait en série. On évoluait avec la technologie USB. Par la suite, le Protocole Internet (IP) est arrivé et on a dû apprendre à composer avec cette réalité-là. Aujourd’hui, il faut héberger l’IP. Voilà quelques années, on travaillait avec des systèmes d’intégration locaux, c’est-à-dire des systèmes propres aux entreprises qu’on desservait. Aujourd’hui, on s’en va vers le «cloud computing»(N.D.L.R. L’expression française «l’informatique en nuage» sera utilisée dans le reste du reportage.).

SP : L’IP a eu une influence énorme sur le marché à cause des technologies liées aux téléphones mobiles et aux applications. Les gens vont vers ces technologies-là et cela amène une nouvelle façon de voir la sécurité à l’intérieur d’un bâtiment. Auparavant, cette façon d’imaginer la sécurité était davantage liée à l’aspect de sécurité interne de l’entreprise et de ses systèmes. On avait une notion plus fermée de ce qu’était la sécurité, en terme de produits et de services offerts. Aujourd’hui, grâce à tout ce qu’il est possible de faire à cause de la technologie, on dirait que la notion de sécurité est plus ouverte, parce qu’il existe une plus grande accessibilité aux différents types d’équipements qu’ils peuvent utiliser.

FD : Effectivement, de nombreux dirigeants d’entreprises veulent également de moins en moins déléguer à leur personnel interne la responsabilité d’opérations qu’ils peuvent confier à des sous-traitants externes. C’est entre autres ce qui se passe dans le domaine de l’intégration d’équipements de sécurité.

Sécurité Québec : Voulez-vous dire que ça équivaut aux services d’impartition de tâches et d’opérations que des compagnies de transport et des consultants en logistique offrent aux entreprises manufacturières, par exemple la location d’une flotte de camion pour transporter leurs marchandises?

FD : Certainement, il y a, par exemple, de la location d’équipements de contrôle d’accès pour des chantiers de construction.

BD : Chez Altel, nous avons des clients qui nous disent qu’ils veulent un contrat de service et d’entretien de leurs équipements de sécurité selon un mode de paiement mensuel et une formule du «tout inclus».

Sécurité Québec : Les clients utilisateurs de services d’impartition d’équipements de sécurité intégrés évoluent-ils actuellement dans certains secteurs précis de l’activité économique, manufacturière ou autre ou, au contraire, oeuvrent-ils dans différents domaines d’activités?

FD : Il existe deux aspects en matière de location d’équipements de sécurité. Il y a le type d’équipement offert en location temporaire, comme par exemple ceux loués à court et moyen terme, pour des chantiers de construction. Par contre, ce dont Bruno parle, dans l’autre sens, ce sont des exemples de clients qui veulent savoir combien pourraient leur coûter leurs équipements intégrés de sécurité par mois, et cela sur une période de cinq ou dix ans.

BD : Exactement. C’est le cas par exemple des compagnies de gestion d’immeubles locatifs. Une compagnie en immobilier achète un édifice, mais elle ignore si elle le possédera encore dans trois ou six ans. Pour ce genre d’entreprise, il n’est pas intéressant d’acheter ou de louer des équipements de sécurité en amortissant son investissement sur plusieurs années. Ces compagnies-là préfèrent payer mensuellement leur service d’intégration d’équipements de sécurité tant qu’elles sont propriétaires de l’immeuble. La journée où elles s’en départissent, elles arrêtent simplement de payer pour les équipements de sécurité.